vendredi 7 novembre 2008

Bolivie... Alea jacta est, vraiment?

Nous connaissons l'importance du CPE bolivien cette constitution qui rend au peuple sa souveraineté, qui reconnaît les peuples indiens, traduit une redistribution des richesses notamment par la nationalisation des hydrocarbures et de l'eau...

La base du projet du nouveau texte constitutionnel stipule dans son premier article que "La Bolivie se constitue en un Etat unitaire Social de Droit Plurinational Communautaire, indépendant, souverain, démocratique, inter-culturel, décentralisé et respectant les autonomies. La Bolivie se fonde sur la pluralité et le pluralisme politique, économique, juridique, culturel et linguistique, au sein d'un processus intégrateur du pays." le ton est donné, nul doute qu'en Bolivie la rupture a non seulement toute sa raison d'être mais va également dans le bon sens...
Malgré le succès incontestables mais évidemment contestés et minimisés par l'opposition: la "Renta Dignidad", une forme d'aide financière pour les plus de 60 ans (le régime de retraite étant auparavant financés par deux entreprises privées), l'allocation familiale, la redistribution des terres aux paysans mais aussi la banque de développement pour les petits entrepreneurs. Encore reste-t-il à rappeller les obstacles que cet élan démocratique va rencontrer sur son chemin.

Les changements que prévoit la nouvelle constitution de Morales (CPE)sont beaucoup trop importants pour ne pas susciter des tensions, alors qu'elle a été votée en décembre 2007, après plus d'un an et demi de délibérations de l'Assemblée
Constituante, par 165 députés sur 255.

Tout portait à croire que le virage à gauche était enfin parvenue à une indéniable légitimité et les tenants du renouveau socialiste en Amérique Latine s'écriaient déjà Acta est fabula, cependant cette constitution fut considérée comme illégitime par l'extrême droite "golpiste" car elle a été transférée à Oruro, loin de la capitale, et pour cause, des membres du MAS avaient été lynchés par des étudiants fascistes.

En ce qui concerne la religion, il ne fait aucun doute que le CPE se pose comme la pierre de touche d'un Etat laïque et républicain, et symbolise, par la même, la mise à bas des héritages coloniaux.

Constitution de 1967:

Art.3 : "L'Etat reconnaît et soutient la religion catholique, apostolique et romane? Il garantie l'exercice publique de tout autre culte. Les relations avec l'Eglise Catholique seront régies par les concordats et accords entre l'Etat Bolivien et le Saint Siège."

Dans l'article 4 du CPE: "L'Etat respecte et garantie la liberté de religion et de croyances spirituelles, ainsi que la cosmovision indienne" et demeure en tout état de cause "indépendant de la religion".

Le bât blesse malgré tout car, sous la pression des gouvernements sociaux démocrates de l'UNASUR (Lula,Garcia...) et l'arbitrage éhonté de l'OEA, la tentative de coup d'Etat a réussi à embourber le processus de la révolution démocratique et à plonger la Bolivie dans un flou qui n'a rien d'artistique : la confusion politique. En effet, le début des négociations avec les préfets de la "demi-lune" signait la fin de le radicalisme du CPE initialement votée par la constituante, sauf si...

Les rectifications substantielles se sont portées sur ce qu'il y avait de plus gênant pour l'oligarchie capitaliste et l'extrême droite, notamment le fait que Morales ne pourra pas se représenter en 2014.

Mais parmi les 108 articles dont la droite réclamait la révision, il en est d'importance, celui-ci porte sur la réforme agraire (Art.398): celui-ci devait rendre aux indiens leur terre et limiter la superficie des propriétés afin d'en finir une fois pour toutes avec l'esclavage moderne qui sévissait jusqu'alors dans les "latifundios", mais l'opposition a réclamé que la limite ne soit fixée qu'à 10000 hectares, et elle a eu gain de cause... la superficie sera soumise à référendum et les boliviens auront à choisir entre une limite portée à 5000 ou 10000 hectares, sauf si...

Le vice-président, Garcia Linera ne formule aucune espèce d'intérêt pour le socialisme du XXIème siècle, et lui préfère de loin ce qu'il appelle le "capitalisme andin", c'est à dire que toujours selon ses mots « L’Etat sera le premier wagon de la locomotive de l’économie. Le second, ce seront les investissements privés boliviens ; le troisième, les investissements étrangers ; le quatrième, la micro entreprise ; le cinquième, l’économie paysanne et le sixième, l’économie indigène communautaire. Tel est l’ordre stratégique selon lequel l’économie du pays doit se structurer », soyons clair, nous sommes bien loin des "développementalistes" (desarollistas) des années 50', sauf si...!

Pour Lineras, il ne s'agit que d'une étape transitoire, adaptée à la réalité d'aujourd'hui, il souhaiterait faire voter une modernité économique en lien avec le marché global mais en reconnaissant les deux autres formes de modernité que sont les forces communautaires, artisanales, celles des petits producteurs ainsi qu'une autre manière de voir l'organisation du travail, autant d'alternatives longtemps ignorées autant que grippés par les mécanismes du capitalisme classique.

Il parle de développer le capitalisme, ce qui par les temps qui court relèverait de l'humour noir s'il ne précisait dans la foulée que ce capialisme andin et amazonien doit faire coexister un secteur moderne, globalisé, ouvert, avec le secteur familial afin d'asseoir durablement un marché interne, le problème étant que, selon ses dires, la Bolivie ne sortira pas du capitalisme avant 50 ou 60 ans, sauf si...


...Sauf si le socialisme du XXIème siècle et le capitalisme andin comprennent, dans leur processus même, une stratégie de désossement du néo-libéralisme, sauf si ces deux perspectives regardent ensemble à travers le prisme de l'Alternative bolivarienne.

Il reste à espérer que la stratégie politico-économique du MAS ne fasse pas la part belle à l'opposition de droite et d'extrême droite, qu'il avait pris toute la mesure de la capacité de l'opposition à resserrer les rangs et à semer la terreur parmi la classe paysanne et ouvrière, qu'il avait prévu que certains articles seraient soumis à négociations pour parvenir aux deux-tiers, qu'il avait, en fin politique, assimilé les leçons de l'histoire.

Il semble que les députés (de Pando, Tarija, Beni...) se réjouissent un peu trop vite, un peu trop fort, du résultat des négociations. Ne serait-ce pas pour semer, comme à leur habitude, la confusion parmi la gauche bolivienne et, faire croire, par ricochet, à la trahison du peuple par le MAS, espérant gagner sur les deux tableaux de l'économie et du politique?

si oui, il s'agit d'une grossière erreur de ce capitalisme dont l'amnésie est une des failles dans laquelle il faut s'engouffrer, en montrant les ressources inépuisables dont le peuple bolivien dispose et que l'opposition ne soupçonne pas, une force que le peuple bolivien tire de la mémoire des luttes passées, et de la prévisibilité des réactions de ses opposants !

Quelques articles d'importance:

Langues
La constitution reconnaît comme officielles les 36 langues des peuples indigènes, en plus du Castillan et établit que le Gouvernement central, tout comme les régions autonomes, devront faire usage d'au moins deux d'entre elles. Une seule condition requise, celle de manier une langue native pour accéder à une charge publique, cela fera partie dudit processus.

Symboles:
Inclue la Wiphala parmi les symboles nationaux et désigne la ville de Sucre comme capitale de la République.

Guerre:
Déclare la Bolivie comme Etat pacifiste qui rejette la guerre comme solution aux différends et conflits entre Etats et interdit l'installation de bases militaires étrangères sur le territoire national.

Droits:
Elargit l'éventail des droits fondamentaux et inclue des questions tel que le droit à la santé, au logement et "l'accès universel et égalitaire aux sercices de base d'eau potable, de tout à l'égout, d'eletricité, de gaz, de poste et de télécommunications". Elle précise que "l'accès à l'eau constitue un droit humain".

Grève:
Garantie le droit de grève " en tant qu'exercice de la capacité légale des travailleurs et travailleuses à cesser le travail pour la défense de leurs droits, en accord avec la loi".


Une chose est sûre, la lutte du peuple bolivien ne s'arrêtera pas au lendemain du referendum (25 janvier 2009) de la même façon que la révolution démocratique ne cesse pas au moment des élections car il s'agit bel et bien, dans un cas comme dans l'autre, d'un processus, d'un élan, d'un chemin que certains, dans le bourbier de leur médiocrité, tentent d'embroussaillertoujours un peu plus. Ce sabotage à grande échelle est allègrement relayé par ce que Michel Colon appelle "les médias-mensonges" qui nous informent sur leur crédibilité, davantage par ce qu'ils taisent que par ce qu'ils nous disent...



Sources
www.risal.collectifs.net , 12 juin 2006
La constitution bolivienne (lisible)
DIAL (Diffusion de l'Information sur l'Amérique Latine)
La Nación

vendredi 24 octobre 2008

Les escadrons du néo-libéralisme



Les chiens sont lâchés et prolifèrent, aboyant maintenant sur place publique, alléchés qu'ils sont par l'odeur du corps exsangue de l'Amérique latine, les veines ne se sont pas encore refermées. La croisade occidentale financée par de dangereux néo-cons et fondamentalistes chrétiens ont l'alibi des crimes parfaits: les luttes contre le terrorisme et le narcotrafic qui forment un immense rideau de fumée derrière lequel se cache mal l'absurde et dévastatrice théorie du choc des civilisations développée par Samuel Huntington

Depuis le 11 septembre 2001, on assiste à un processus de rentabilisation d'une barbarie perpétrée par des écervelés armés jusqu'aux dents, des Sociétes Miltaires Privées (SMP) disposent de moyens humains et techniques considérables, des dizaines de milliers d'assassins-vacataires sont à leur disposition et, en Irak, leur Nombre a dépassé celui du contingent britannique (près de 28000).
En effet, Il leur a été donné carte blanche pour installer le chaos humain, la terreur politique, économique et sociale. Ces soldats, ces mercenaires du néo-libéralisme sont employés par un secteur militaro-industriel qui ne recule devant rien "to make money" et le chiffre d'affaire des Sociétés Militaires Privés (SMP) était en 2006 de l'ordre d'une centaine de milliard de dollars.

Ces SMP (il en existerait près de 600) participent du pillage organisé des Etats-cibles et de l'assassinat des peuples qui y vivent, au delà d'une prétendue aide au génie-civil et à la reconstruction, ils fournissent du matériel de guerre et vendent des formations aux techniques de guérillas urbaines. Mais pire encore, ils forment aux techniques d'interrogatoire directement issues de la théorie du Dr Cameron, cette thérapie par le choc qui se base sur la dépersonnalisation, la sur-sensibilisation et les électrochocs, en un mot, la torture, celle-là même qui est aujourd'hui pratiquée notamment à Guantanamo et à Abu Ghraib.
Nous savons que ces escadrons de tortionnaires privés, existaient déjà pendant la guerre froide: En 1969 au Brésil les "OBAN" (Opération Bandeirantes) étaient, comme le souligne Naomi Klein, financées par Ford et Général Motors, mais aussi en Argentine, Au Chili, en Bolivie, en Colombie... mais ils ne disposaient guère d'une artillerie impressionante, d'un département aérien comptant avions et hélicoptères et d’un embryon de marine de guerre.

Ces armées privées permettent non seulement de faire diminuer le chiffre officiel des morts au cours d'une opération militaire, mais aussi de ne pas impliquer la politique de Washington dans les massacres commis, elles agissent dans l'ombre, dans l'impunité la plus complète car leus agissements ne sont évidemment pas documentées.

Tandis qu'au lendemain du 11 septembre, Busch faisait les discours les plus rooseveltiens de sa carrière et tentait de montrer le retour de l'Etat dans les affaires de sécurité, de nombreuses multinationales d’exploitation pétrolières comme le Groupe Carlyle, Enron, Halliburton, Energy Services, Unocal... comprirent les profit qu'il y avait à tirer des situations de choc, les chiens de guerre furent lâchés dans divers bourbiers du monde, échappant à toute juridiction.

Le groupe "Chiquita Banana", en mars 2007, ne fut condamné qu'à une amende de 25 millions de Dollars pour avoir "versé de l'argent" à des para-militaires colombiens, cette multinationale qui détient le monopole de l'industrie bananière en Amérique centrale contrôle de nombreux ports, ce parasite tentaculaire hérité des heures les plus sombres de l'Amérique latine n'est autre que l'ex United Fruit Company qui a participé, entre autres, au renversement de J.Arbenz en 1954 au Guatemala et que le grand écrivain E. Galeano appellait "la pieuvre verte".


Blackwater est l'une de ces sociétés, elle fut fondée en 1997 par Erik Prince, un millionnaire chrétien conservateur mais qui a vu son chiffre d'affaire augmenter considérablement après le 11 septembre. Cette société a, depuis lors, tout fait pour ne pas être soumis aux lois martiales et à la Convention de Genève pour ses crimes en Irak, en Afghanistan, en Afrique sub-saharienne...

Cependant, le 06 avril 2004, une image très violente parvenant de Felloujah a fait le tour du monde, elle montrait quatre cadavres de "civils" américains
lynchés, cette médiatisation changea quelque peu la donne. Blackwater, sous les projecteurs des médias internationaux, profita des feux de la rampe et des négociations avec les néo-conservateurs de Washington pour prouver que la liberté et la démocratie avaient désormais besoin de solutions de sécurité innovantes et flexibles partout dans le monde. les SMP gagnèrent en légitimité dans le protagonisme de ces nouvelles guerres, elles sortirent de la clandestinité et de la discrétion qui prévalait par le passé chez les mercenaires traditionnels.

Malgré les accusations portées par les familles des quatre hommes tués à Felloujah et notamment par katy helvenston:

« Les sous-traitants privés comme Blackwater travaillent en dehors du champ de la chaîne de commandement militaire et peuvent littéralement faire ce que bon leur semble sans avoir aucune obligation de rendre des comptes au gouvernement ».

Trois mois plus tard, Blackwater signa un contrat de sécurité internationale avec le gouvernement de 300 millions de dollars...

Aussi, lorsque Obama déclare dans "The Nation" qu'il " rétablirait le contrôle sur ces entreprises ", tout en « mettant les sociétés sous l’emprise de la loi », on peut craindre une institutionnalisation du phénomène et de l'entreprenariat militaire, c'est exactement le même épouvantail que celui de la "moralisation" du néo-libéralisme, la même contradiction dans les termes, tant il est évident que là où doit régner en maître absolu la loi du marché, aucune régulation n'est possible.
Comme le souligne Jeff danziger:

"Disons que vous êtes un Américain de base, un type d'un intellect marginal pour qui le respect des autres revêt une importance inhabituelle. (...) Vous avez toujours aimé les armes à cause de cette façon qu'elles ont de faire peur aux gens.(...)Alors vous choisissez la sécurité privée. Pas de marche à pied. Des tas de flingues et presque pas de paperasse. Seul règle: on ne pose pas de questions."

De surcroît, la logique de ces SMP s'inscrivant en droite ligne de la stratégie néo-libérale, de nombreux militaires chiliens chevronnés par des années de service sous Pinochet, des péruviens, des brésiliens qui constituent de la chair à canons bon marché (payés 1000 dollars par mois au lieu de 1222 dollars la journée pour les "salariés" venant d'un des pays du Nord).

La vérité de leurs agissements a toujours été noyée dans la poussière et le sang des rues de Bagdad et de Bogotá, la barbarie a maintenant pignon sur rue et continue son oeuvre de mort.

Brian Bonfiglio (vice-président de l'entreprise) a affirmé en juin dernier que des contingents avaient été envoyés dans une base près de la frontière mexicaine.
Cette base situèe à 500 mètres de la première barrière métallique qui sépare la Californie de Tijuana constitue un nouveau vivier de paramilitaires présentés comme les stagiaires d'une "école de vocations".

Cette guerre qui assassine les syndicalistes et défenseurs de droits humains un peu partout où il existe une résistance à la volonté hégémonique de Washington, une guerre qui rappelle les massacres commis par les escadrons de la mort, à ceci de très inquiétant qu'elle dispose, maintenant, de moyens considérables car le Congrès a accordé une aide de 400 million de dollars au gouvernement Calderon dans la lutte contre le narcotrafic, justement lorsque Washington brigue la dénationalisation des champs pétrolifères au Mexique...


Il s'agit de contrecarrer la strangulation de la vérité opérée par le quatrième pouvoir qui se contente de parler de ces SMP que lorsqu'elles sont aculées au scandale (comme en septembre 2007 en Irak). Ne serait-ce que pour lutter contre tous les silences médiatiques et faire mentir Naomi Klein lorqu'elle dit que parler du déclin du néo-libéralisme est "un hasard analytique auto-consolatoire", car ce déclin se précipite à mesure que la vérité au grand jour éclate.

Voilà la présentation (traduite par mes soins) que fait Blackwater de son entreprise sur son site:

"Blackwater est Dans le monde entier célèbre pour sa capacité à porter durement les coups, nous proposons des expériences de formation efficaces pour l'armée, la sécurité et des professionnels d'application de la loi. Nous fournissons des cours de formation avancés pour une vaste gamme de missions, pour le terrain et pour des situations tactiques."

"Le personnel de formation très habile et hautement qualifié de Blackwater croit en la mise en pratique pédagogique pour augmenter votre sécurité et votre efficacité dans la rue ou sur le champ de bataille quotidien."



Sources
el porvenir
Pootbuthappy.com
Le Monde diplomatique n°632, 11/06

mercredi 22 octobre 2008

Une citoyenne en colère




Vous avez sans doute entendu que Darcos a officiellement lancé la "réforme" des lycées et tout le matraquage médiatique qui suit. A chaque fois, on a le droit à un petit couplet sur le système scolaire finlandais qui a inspiré notre cher ministre et qui obtient de si bons résultats au classement de l'OCDE.Petite piqûre de rappel : OCDE = organisation de coopération et de développement économiques. Je ne vois pas trop le rapport entre l'école et l'économie, à moins de considérer que son rôle est de constituer de bons petits soldats tout de suite prêts à être utilisés sur le marché du travail. Que ce soit la fonction du supérieur, à la rigueur pourquoi pas. Mais je pense pour ma part que le collège et le lycée sont des lieux où on acquiert des connaissances que l'on va garder toute sa vie et où on devient un citoyen doué d'esprit critique (d'accord, c'est un idéal !). De plus, concernant les tests pratiqués appelés Pisa : déjà, il est difficile, voire impossible, de les trouver.

Ils mettent l'accent sur les compétences (un terme cher au Médef) et non sur les connaissances. Il semblerait qu'ils aient tendance à privilégier les pays anglo-saxons par le choix des supports utilisés et les consignes données. Donc, gardons un oeil critique quand on fait l'éloge de tous ces pays qui réussissent si bien !

Voilà un petit récapitulatif sur la "réforme des lycées" :
- Diminution des heures de cours (moins 5 heures hebdomadaires).
- Mise en place de modules par semestre de tous les enseignements.
- Obtention du Bac par contrôle continu.
- Disparition des concours nationaux.

Décryptage : la "réforme" des lycée = Un bac à 36 000 vitesses (étant donné que ce ne sera plus un examen national). La mise en place du socle commun en collège va dans le même sens : c'est la fin des programmes nationaux.- La remise en cause des obligations de service statutaires des enseignants (par le détournement de 15% des moyens au profit d'un prétendu "accompagnement"). De plus, qui va les recruter ? Sur quels critères ? Pour faire quoi ? Transmettre des connaissances, un savoir (quel vilain mot !) ou jouer les gentils animateurs-psy-éducateurs-"orientateurs"-tuteurs-balayeurs ? Je ne plaisante pas : l'existence même des COP et des CPE est remise en cause. Qui va les remplacer ? - La réduction de nombre de postes (moins de cours = moins de profs). On est tous d'accord pour constater que l'Education nationale ne va pas bien, qu'elle laisse beaucoup d'élèves sur le carreau et qu'il faut des changements. Mais cette réforme ne va pas dans le bon sens. Son seul but : faire des économies. Parlons donc plutôt de "contre-réforme". Que faire ?- Signer la pétition : ces pétitions seront remises au Ministère jeudi matin.- Se mobiliser jeudi 23 octobre en faisant grève et en allant manifester : c'est un appel de FO pour toute la Fonction publique contre la casse du service public et toutes les suppressions de postes.

Pour ceux qui ont le courage de lire encore : Tous les syndicats n'ont pas du tout le même point de vue sur cette "réforme" des lycées :- UNSA et SGEN sont totalement pour (cf : le doc en salle des profs).- en juin, le SNES a signé les "16 points de convergence" préparatifs à cette "réforme", mais devant la fronde de leur base, ils se sont retirés des négociations il y a 15 jours ; leur position n'est donc pas très claire. Même chose pour la CGT.Si la journée du 23 est lancée par Fo, il faut quand même savoir que, dans pas mal d'établissements, des positions communes ont été prises par plusieurs sections syndicales. Je sais que certains sont sceptiques sur l'utillité d'une seule journée de grève : il s'agit de créer un rapport de forces, c'est pourquoi il est important aussi d'aller à la manif. N'oubliez pas qu'en 2007, nous avons obtenu l'abrogation du décret de Robien (qui voulait supprimer les décrets de 1950, donc ce qui définit notre statut actuel).

Réfléchir ensemble...

Conférence, atelier-débat le 25 octobre à la Maison de l'Amérique Latine:

Pendant toute cette période, marquée par la récupération, au service de la population, des ressources naturelles de la nation, la Révolution bolivarienne a fait l’objet de constantes tentatives de déstabilisation par le gouvernement des Etats-Unis, dont le coup d’Etat du 11 avril 2002 est l’exemple le plus spectaculaire. Ces tentatives se poursuivent actuellement sous de multiples formes et s’étendent à d’autres pays de la région où des élections ont porté au pouvoir des gouvernements progressistes, en premier lieu en Bolivie.

L’Europe ne doit pas s’aligner sur la politique de Washington. Sauf à renier les valeurs dont elle se prévaut, elle doit développer, avec les gouvernements et les sociétés du Venezuela et des autres pays d’Amérique latine engagés dans des processus de transformation démocratique et sociale, des relations d’amitié, de connaissance mutuelle, de coopération et de solidarité.

Dans sa séance plénière du matin, la Conférence s’efforcera de prendre la mesure des enjeux démocratiques, sociaux, politiques et culturels d’une nouvelle relation entre l’Europe, le Venezuela et les autres gouvernements progressistes d’Amérique latine. L’après-midi, dans 6 ateliers simultanés, seront exposées et mises en débat les politiques que la Révolution bolivarienne met en oeuvre dans des domaines particuliers, et dont l’intérêt dépasse les frontières du Venezuela. Ce sera l’occasion de nouer des contacts fructueux entre acteurs européens et vénézuéliens venus participer à la Conférence.

Une séance plénière de synthèse clôturera la Conférence.

Les travaux se dérouleront en trois langues (anglais, espagnol, français) avec interprétation simultanée dans les plénières.

PROGRAMME

9 h 45-10 h : INSCRIPTIONS

10 h – 13 h 15 : SÉANCE PLÉNIÈRE

Animation : Ignacio Ramonet, président de Mémoire des luttes (France)

10 h – 11 h : Les termes du débat

Les acquis de la Révolution bolivarienne, par Maurice Lemoine, rédacteur en chef du Monde diplomatique.

Comment le Venezuela dynamise l’intégration latino-américaine, par Temir Porras, ancien élève de l’ENA, directeur de cabinet du ministre vénézuélien des affaires étrangères Nicolas Maduro.

- Dix années de tentatives de déstabilisation, par Alexander Main, analyste de politique latino-américaine (Washington)

Les défis de l’Europe face aux deux Amériques, par Raùl Morodo, ancien ambassadeur d’Espagne au Venezuela

11 h – 12 h : La crise financière internationale vue du Sud. Comment reconstruire un système en faillite.

Avec

Nicolas Maduro, ministre vénézuélien des affaires étrangères
Mario Soares, ancien président du Portugal
Edgar Morin, philosophe (sous réserve)

12 h – 13 h 15 : Réactions et propositions

Olivier Besancenot ou Alain Krivine, LCR (France) ; Jacques Fath, PCF (France), Raquel Garrido, PRS (France), Colin Burgon, député travalliste (Royaume-Uni) ; Céline Delforge, sénatrice Ecolo (Belgique) ; Paolo Ferrero, secrétaire général de Rifondazione (Italie) ; Miguel Angel Martinez, vice-président du Parlement européen (Espagne) ; Andros Kyprianous, député de AKEL (Chypre) et membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, un député de Die Linke (Allemagne, à confirmer).

14 h 45-16 h 30 : ATELIERS SPÉCIALISÉS

Atelier 1 : Les politiques environnementales et la lutte contre le changement climatique.

Atelier 2 : Les droits des travailleurs et la justice sociale.

Atelier 3 : Une société libre qui refuse les discriminations.

Atelier 4 : La démocratisation de l’éducation et la participation des organisations de jeunesse et des mouvements étudiants.

Atelier 5 : Les réponses à la guerre médiatique et le développement des médias alternatifs.

Atelier 6 : Pour un monde multipolaire, l’action en faveur de l’intégration latino-américaine.

16 h 45- 17 h 45 : SÉANCE PLÉNIÈRE DE CLÔTURE

Rapport des travaux des 6 ateliers

Synthèse des travaux, par Bernard Cassen, secrétaire général de Mémoire des luttes

Ce que le Venezuela attend de l’Europe, par Maximilien Arvelaiz, conseiller diplomatique du président Chavez.

Source: www.medelu.org/ - 36k -

Il est fortement conseillé de s'inscrire : fanny.soares@medelu.org

samedi 4 octobre 2008

Zweig ou l'écrivain désincarné

Ce livre a été écrit en deux périodes, en 1931 puis en 1938, entre-temps, la montée du fascisme et les indices d'une guerre latente donne une couleur écarlate à l'écriture. A la lecture nous nous rendons bien compte du changement de tonalité qui marque l'oeuvre, mais cela va bien au delà, le hors-champ pénètre peu à peu et imprègne ce chant du cygne romanesque, pour reprendre l'idée de Sartre: "Toute technique romanesque renvoie toujours à la métaphysique du romancier".

Christine Hohflener est une femme plombée dans son univers claustrophobique, assise derrière son bureau de poste d'un village autrichien, elle n'est rien d'autre qu'un rouage d'une mécanique qui la dépasse, dont elle ne cherche même pas à comprendre le fonctionnement.
L'acuité littéraire de Zweig renvoie inévitablement, dans cette oeuvre,à un réalisme balzacien. Le moindre détail de cette prison administrative est comme dépecé.
Du tampon dont le destin est de dessiner toujours la même trajectoire dans l'air pour venir frapper mollement une vulgaire paperasse qui n'attendait que lui, aux cartes postales venus d'ailleurs qui ne lui sont pas destinées et que ses maigres doigts pleins d'encre osent à peine toucher, Christine est écrasée dans un entre-deux mondes terriblement prosaïque où la moindre capacité d'abstraction se trouve anéantie, où le moindre recul sur sa condition lui est impossible tant sa conscience est ankylosé par un quotidien asphyxié.

La description de son appartement aux murs lépreux, cette mère moralement malade et au bord du gouffre, cette famille atrophiée par la mort d'un père et d'un frère déverse une bile visqueuse et noire sur la peinture de cette vie et gonfle paradoxalement cette femme d'une humanité inattendue, d'une résignation mélancolique.

Arrive un télégramme dans lequel sa tante, mariée et installée en Amérique, l'invite à passer une quinzaine dans un hôtel de Pontresina où elle est en vacances. Christine s'habille du mieux qu'elle peut et, pleine d'appréhension, prend le train.
La vue de "l'inimaginable majesté des Alpes" révèle en elle une force et un appétit de vivre qu'elle croyait avoir perdus. Très intimidée à son arrivée à l'hôtel, elle est prise en main par sa tante qui l'habille comme il se doit dans ce monde du paraître, la présente à ses amis et s'amuse des maladresses et des progrès de sa protégée que tout le monde appelle mademoiselle Van Bolhen.

" Sans désirs, pour la première fois, son être, au contact de la grandeur, découvre la force bouleversante du voyage qui, d’un seul coup, arrache du corps la dure croûte de l’habitude et en rejette l’essence nue, fertile dans le flot de la métamorphose ".

La métamorphose s'effectue très vite: Christine oublie qu'elle n'est qu'une pauvre postière et s'enivre dans la fréquentation de personnes fortunées qui voient en elle une riche héritière. Elle séduit tout son entourage, se fait courtiser par un vieux général anglais et quelques jeunes gens caressants.
Mais une petite peste, envieuse de cet engouement pour Christine, commence à démasquer et à désarticuler par la rumeur destructrice sa véritable identité de roturière, elle vient mettre fin à ce semblant de rêve.
Mais, il est trop tard, la crysalide a éclaté, une force nouvelle coule dans ses veines, elle donnerait tout pour ne pas revenir à son état de "larve amorphe, aveugle, rampante".

C'est alors que sa rencontre avec ferdinand (un ami de son beau-frère) un homme revenu de tout sauf de lui-même, ayant perdu dix ans de sa vie à la guerre d'abord et dans une geôle de Sibérie ensuite, vient tout bouleverser.
Alors que La premère guerre n'était qu'évoqué par qulques flash-backs sur l'enfance de Christine, à présent, les prémices menaçants de la seconde guerre mondiale pénètrent le récit, les voix tour à tour chuchotent, grincent et s'emportent dans l'excitation de cette rencontre inespérée.

Cet homme en proie aux mêmes difficultés financières et existentielles qu'elle, a dans les poches de quoi la subjuguer, il arrive par quelques vestiges de tendresse à sauver ce qui pouvait encore l'être et lui propose un contrat faustien dont on ne peut que deviner l'issu: reprendre à l'état ce qu'il leur a volé, mais il tient à lui faire comprendre ce que cela implique, c'est à dire passer d'une vie honnête et mise aux fers à une liberté de fugitifs traqués
Ce personnage d'un anarchisme qui ne dit pas son nom, porte en lui un pessimisme destructeur mais également une rage contenu contre le système et l'Etat.

Alors que l'horreur de la guerre assombrit le monde et que l'anéantissement des libertés fait son oeuvre, dans ce petit village autrichien c'est l'amour qui triomphe dans sa propre destruction.

Dans le roman, le flingue porte toute la liberté nietzschéenne, mais il est aussi le poignard chez Lorca, l'alcool chez Valle-Inclan, une de ces allégories qui vous rassure autant qu'elle vous menace.

Cette fin suggérée, préfigurant celle, hélas trop réelle, de Pétropolis, le 22 février 1942, rend encore plus poignant ce roman d’outre-tombe, il vous assaille par toutes les fêlures de votre être et vous asseoit précisément devant le miroir que vouliez fuir.
Voilà, une réflexion de jouvet sur le théâtre qui pourrait s'appliquer à l'art en général, à ce vertige qui touche tout à la fois le créateur, la créature et le lecteur-spectateur:

« Par un étrange goût dont on n’a pas encore trouvé et dont on ne trouvera sans doute jamais toutes les raisons, dans ce refuge, dans ce faux paradis, dans ce lieu que des métamorphoses dérisoires, des supercheries puériles, une magie enfantine rendent le plus vain, le plus fallacieux, le plus inutile de tous les lieux humains, mais où l’homme apporte cependant ce qu’il y a de plus pur, de plus désintéressé, de plus sincère au moment où il y pénètre... l’homme se regarde lui-même... L’homme vient au théâtre pour se contempler à travers ses semblables, pour se refléter dans l’acteur qui est sur la scène... Il devient son propre miroir... Il croit qu’il se voit. Il vit de cette autre présence, de cette vision. Ce n’est qu’un vertige. En fait, on peut dire aussi bien qu’il cesse d’exister. »

JOUVET Louis, Témoignages sur le théâtre, Flammarion, 2002.

lundi 22 septembre 2008

Bolivie, une table, une chaise... et l'extrême droite!

Les vieilles peaux n'avaient pas de fourrure ce soir-là, flasques et imbibées du parfum le plus ignoble qui soit, elles exhibaient vulgairement les robes de soirées, elles-mêmes honteuses d'être ainsi mises en forme. Les masques terribles de l'indifférence et de l'opération raté avaient fait disparaître toute humanité dans ces visages anonymes. Les rires n'étaient plus guère que des ricanements à faire trembler le cristal des flûtes tant ils sonnaient faux et creux.
Quelques rombières se prenant pour des princesses faisaient du gringue à de vieux diplomates dont l'arrogance n'avait d'égal que le ridicule. Un colonel fantoche de l'armée guatemaltèque, les yeux injectés du sang des dernières guerres fit encore quelques pas mal assurés vers ce champagne millésimé qui pourrait tout aussi bien être une bière quelconque.
L'odeur insoutenable de la tartufferie mondaine crevait les narines à en perdre la mécanique instinctive de la respiration.

Tout se passe comme si de rien n'était, en l'honneur de la fête nationale de l'indépendance en amérique centrale (15 septembre), "l'indépendance"... un mot qui ferait bien rire si tout cela n'était pas si tragique!
La tension en Bolivie ne s'apaise pas, parler de la mauvaise volonté des préfets de Santa Cruz, de Tarija, de Chuquisaca et de Beni, c'est de la sous-vérité.

Morales souhaite démanteler toute conspiration putschiste des autonomistes d'extrême droite, mais pour cela, il doit démontrer, prouver, justifier plus que de raison, le caractère démocratique de ses réformes à la sacro-sainte globalisation médiatique. C'est en ce sens qu'il a fait appel à l'arbitrage de l'ONU, de l'OEA et de l'UNASUR (unión de Naciones suramericanas).

Mais les préfets ne veulent pas négocier, ils ne veulent qu'une seule chose: retarder au maximum le vote de la constitution qu'ils jugent "indigéniste", combien de temps les règles de la démocratie devront-elles encore être bafouées avant le réveil des consciences.

Non, la demie-lune n'en veut pas de la "grande réconciliation nationale", le gouvernement et le Conseil Nationale Démocratique (CONALDE) ne peuvent ni ne doivent négocier quoique ce soit.
Le Vice-Président Garcia Linera le dit très bien: "l’opinion publique, qui doit savoir que le gouvernement ne va pas négocier les morts, le gouvernement ne va pas négocier la responsabilité pénale et criminelle des massacreurs, des assassins".

Les préfets des régions qui constituent la demie-lune rejettent la nouvelle Constitution et veulent la restitution du pourcentage de l’Impôt Direct aux Hydrocarbures (IDH, comme ils rejettent toute intelligence socialiste comme la création de versements de retraites, la réforme agraire entre autres.
Le gouverneur de la région du Pando est responsable du massacre d'une vingtaine de paysans et a été arrêté pour cela, la tension qui en a résulté vient des soldats en civil, des mercenaires brésiliens ou péruviens payés pour faire le sale boulot. Le préfet paye pour cela, sans compter sa participation zélée à la victoire du dictateur Hugo Banzer en 1997.

Des négociations avec pour arbitrage un José Miguel Insulza (qui a cédé déjà plusieurs fois aux directives de Washington pour l'intégration de Cuba, l' affaire de la RCTV au Venezuela entre autres) à la tête de l'OEA?
Sachant que les Etats-Unis viennent d'ajouter la Bolivie à sa liste noire des pays qui ne combattent pas... le narco-trafic, qui pourra encore tomber dans ce piège cent fois tendus sans prouver ainsi sa stupidité?

Un table, une chaise et des assassins que l'on veut prendre
pour des conciliateurs?

Et pendant ce temps-là on fête l'indépendance à l'Ambassade!

Un rassemblement se soutien au peuple bolivien est prévu à Châtelet (Fontaine des innocents) le AUJOURD'HUI à 18H30

vendredi 12 septembre 2008

Mon hommage à moi



Et pour ceux qui, comme moi, vont à la fête de l'huma, Conférence samedi sur l'interventionnisme des USA en Amérique Latine au stand de l'Alba à 18h00 (Eva Golinger, Maxime Vivas, une parente d'un des cinq de Miami...

La mémoire ne se rend jamais

A l'heure où un coup d'Etat instigué et fomenté par Washington, aussi bien en Bolivie qu'au Venezuela, menace( Chavez a lancé un appel à la vigileance citoyenne le 11/09 et à la sécurité du palais de Miraflores soyons vigileants et n'oublions pas ce magnifique discours un autre 11 septembre...

Mes amis,

C’est certainement la dernière fois que j’aurai à m’adresser à vous. La force aérienne a bombardé les tours de Radio Portales et de Radio Corporación. Mes paroles ne sont pas marquées d’amertume mais de déception, et seront le châtiment moral de ceux qui ont trahi leur serment : les soldats du Chili, les commandants en chef titulaires et l’amiral Merino, qui s’est promu lui-même, sans oublier Monsieur Mendoza, général perfide qui, hier encore, manifestait sa fidélité et sa loyauté au gouvernement, et aujourd’hui vient de s’autoproclamer directeur général des carabiniers.

Devant ces faits, il n’y a qu’une seule chose que je puisse dire aux travailleurs : je ne démissionnerai pas !

Placé à un tournant historique, je paierai de ma vie la loyauté du peuple. Et je suis certain que la semence déposée dans la conscience digne de milliers et de milliers de Chiliens ne pourra être arrachée pour toujours.

Ils ont la force, ils pourront asservir, mais les processus sociaux ne s’arrêtent avec le crime ni avec la force.

L’histoire nous appartient et ce sont les peuples qui la font.

Travailleurs de ma patrie,

Je tiens à vous remercier de votre loyauté de toujours, de la confiance que vous avez deposée en un homme qui ne fut que l’interprète des grands désirs de justice, qui donna sa parole de respecter la Constitution et la loi, et qui l’a tenue.

Dans cet instant ultime, le dernier où je puisse m’adresser à vous, je vous demande que vous mettiez à profit cette leçon : le capital étranger et l’impérialisme, unis à la réaction, ont créé le climat pour que les forces armées rompent leur tradition, celle que leur enseigna le général Schneider et que réaffirma le commandant Araya, qui tombèrent victimes de la même couche sociale qui, aujourd’hui, attend bien au chaud qu’une main étrangère lui rende le pouvoir pour continuer à défendre ses profits et ses privilèges.

Je m’adresse tout d’abord à la modeste femme de notre terre, à la paysanne qui a cru en nous, à l’ouvrière qui a travaillé plus, à la mère qui a compris de notre préoccupation pour les enfants.

Je m’adresse aux travailleurs des professions libérales qui ont eu une conduite patriotique, à ceux qui ont agi contre la sédition encouragée par les organisations corporatives, ordres de classe qui ne cherchent qu’à défendre les avantages que la société capitaliste n’accorde qu’à une poignée.

Je m’adresse à la jeunesse, à ceux qui chantèrent et communiquèrent leur joie et leur esprit de lutte.

Je m’adresse à l’homme du Chili, à l’ouvrier, au paysan, à l’intellectuel, à tous ceux qui seront persécutés... car dans notre pays le fascisme s’est déjà fait connaître depuis longtemps dans les attentats terroristes, faisant sauter les ponts, coupant les voies ferrées, détruisant les oléoducs et les gazoducs, bénéficiant du silence de ceux qui avaient l’obligation d’assurer la défense... L’histoire les jugera !

Radio Magallanes sera sûrement réduite au silence, et le son tranquille de ma voix n’arrivera plus jusqu’à vous.

Peu importe, vous continuerez à l’entendre, je resterai toujours à vos côtés ; mon souvenir sera au moins celui d’un homme digne qui fut fidèle à la loyauté des travailleurs.

Le peuple doit se défendre, mais pas se sacrifier. Le peuple ne doit pas se laisser cribler ni écraser, mais il ne doit pas non plus se laisser humilier.

Travailleurs de ma patrie,

J’ai crois au Chili et en son destin. D’autres hommes sauront dépasser ce moment gris et amer où la trahison prétend s’imposer. Allez de l’avant et sachez que dans un avenir plus proche que lointain s’ouvriront à nouveau les larges avenues par où s’avancera l’homme libre pour construire une société meilleure.

Vive le Chili ! Vive le peuple ! Vivent les travailleurs !

Celles-ci sont mes dernières paroles.

J’ai la certitude que mon sacrifice ne sera pas inutile ; j’ai la certitude qu’il sera tout au moins une leçon morale pour châtier la félonie, la couardise et la trahison.

Salvador Allende

samedi 16 août 2008

Menace de coup d'Etat en Bolivie...silence des médias!


Sauf à considérer que vous vous intéressez de près à la situation politique de l'Amérique Latine et aux différentes tentatives de redorer le blason du terme de démocratie, qui dans nos contrées n'en constitue plus guère qu'un parangon, vous n'avez certainement pas entendu parler de la remise en cause de son mandat, par Evo Morales en bolivie le dimanche 11 août, celle-ci a été effectuée par voie référendaire et le président bolivien a remporté 63% des voix, davantage encore qu'en décembre 2005.

Nous pourrions nous demander ce qu'a motivé ce référendum tout comme nous pourrions nous demander pourquoi NS n'en fait pas autant si la réponse à cette dernière question n'était pas si tristement évidente.

Il convient de rappeler que depuis l'indépendance de ce petit pays en 1825, son importance onomastique a pris tout son sens, le rédacteur de sa première constitution (Simon Bolivar, figure emblématique de toutes les velléités d'indépendance en Amérique Latine)lui a donné son nom, ce théoricien visionnaire qui désignait déjà les Etats-Unis comme l'ennemi auquel il faudrait s'arracher...
Force est de constater que pas moins de 180 coups d'Etats ont été fomentés par Washington et la CIA depuis lors, toutes les réformes à caractère social ont été mises à mal par l'ingérence de Washington.

Il suffit de penser au sort de Victor Paz Estenssoro et du MNR (Movimiento Nacionalista Revolucionario) qui en 1951 se voit dérober une victoire électorale par l'armée, lorsqu'en 1952, il lance une révolution, c'est pour demander de nouvelles élections, celles-ci lui permettent d'accéder au pouvoir. Il instaure alors le suffrage universel, redistribue les terres du pays (2 août 1953), améliore l'éducation de la population rurale, et nationalise les plus grandes compagnies minières du pays. Mais il est renversé par une junte militaire en 1964, laissant place à une succession de gouvernements faibles et d'Etats Militaires (Mesa, Lozada...)
Il faudra attendre décembre 2005 pour que le premier président indien soit élu à 54%, Evo Morales lance une 3ème nationalisation des hydrocarbures et s'inscrit en droite ligne de la politique sociale de Chavez, ceci est accompagné d'une occupation des champs pétrolifères, spécialement dans le sud du pays, dans le département de Tarija... et bien évidemment, le gouvernement de Washington attend depuis le moment opportun pour déstabiliser le gouvernement.

En mai 2008, un prétendu référendum d'"auto-determination" dans la région de Santa Cruz(derner bastion de l'oligarchie qui concentre une bonne partie des ressources économiques du pays) celui-ci devait permettre de diviser le pays en s'appuyant sur la volonté sécessionniste de la région par rapport au gouvernement central et entraîner ainsi une inévitable guerre civile.

Les plus grands spécialistes se sont alors insurgés et ont dénoncés cette situation dans une pétition (dont Adolfo Pérez Esquivel, Rigoberta Menchú, Noam Chomsky, Ignacio Ramonet...) dénoncaient « la conspiration pour diviser la Bolivie » et appelaient à « soutenir le Président Evo Morales ».

Extrait de cette pétition: « en Bolivie, le processus de changements pour les majorités court le risque d’être brutalement restreint. L’arrivée au pouvoir d’un président indigène, élu avec un soutien sans précédent dans ce pays, et ses programmes de bénéfice populaire et de récupération des ressources naturelles, ont dû affronter dès les premiers moments les conspirations oligarchiques et l’ingérence impériale.
Récemment, l’escalade conspirative a atteint ses niveaux maximaux. Les actions subversives et anticonstitutionnelles avec lesquelles les groupes oligarchiques prétendent diviser la nation bolivienne, reflètent la mentalité raciste et élitiste de ces secteurs et constituent un très dangereux précédent, non seulement pour l’intégrité de ce pays, mais aussi pour celle d’autres pays de notre région..."

Preuve s'il en était besoin du brouillage médiatique qui sévissait alors et qui continue aujourd'hui de passer sous silence une situation des plus critiques, une véritable épée de Damoclés est prête à s'abattre sur la Bolivie et il ne tient qu'à nous de soutenir le choix du peuple bolivien qui sait bien, lui, où sont ses intérêts, il ne tient qu'à nous de dénoncer cette politique conspirative pour que l'élan démocratique et social en Amérique Latine ne soit pas réduit à un coup d'épée dans l'eau (pour filer la métaphore).
Morales joue donc le quitte ou double, en misant sur le large soutien dont il jouit chez les populations indigènes, paysannes et ouvrières. L'autre chemin, celui de la négociation avec les préfets radicaux de la dénommée "Demi Lune", des départements de Beni, Pando, Tarija et Santa Cruz, ayant échoué.

Des réferendums pour l'autonomie ont été organisés dans ces régions sans observateurs nationaux ni internationaux, même l'OEA (qui n'est pourtant pas connue pour son penchant progressiste n'a pas envoyé d'agent). Ces réferendums déclarés illégaux par la CNE (Cour Nationale électorale) se sont soldés par une abstention massive des masses ouvrières et paysannes soutenant l'unité constitutionnelle de la Bolivie, et ce malgré la réunion des forces d'extrême droite tel que la Unión Juvenil Cruceñista de Santa Cruz.

Morales dérange à plus d'un titre et il n'est pas étonnant de voir que les médias européens taisent les agissements de l'ambassadeur américain Goldberg et évitent de parler du rôle de l'extrême droite dans la menace de coup d'Etat qui plane au dessus de la Bolivie,( il suffit, pour s'en convaincre de jeter un oeil sur la lettre ouverte d’Evo Morales, à propos de la "directive retour" de l’Union Européenne le 15 juin 2008 (www.legrandsoir.info/spip.php?article6789

Alors restons vigilant et soutenons tous les efforts faits pour que le terme de démocratie cesse d'être galvaudé et souvenons-nous qu'oublier l'histoire c'est se condamner à la revivre.
Voilà ce que rappelle très justement le grand spécialiste belge de l'Amérique Latine à propos de l'ambassadeur des Etats-unis:
"Pourquoi a-t-on exporté Goldberg des Balkans à la Bolivie ? Pour transformer, j’en suis sûr, ce pays en une nouvelle Yougoslavie. Le séparatisme est une méthode privilégiée par les Etats-Unis pour reprendre le contrôle de richesses naturelles ou de régions stratégiques lorsque des gouvernements se montrent trop indépendants, trop résistants aux multinationales."

N'oublions pas non plus l'existence d'une base militaire des Etas-Unis au Paraguay installée après le 11 septembre 2001 pour lutter contre... contre quoi au juste?

samedi 26 juillet 2008

Dostoievski l'incontournable!

Il en est de la lecture comme d'un divan, on la voudrait confortable voire réconfortante, telle une réminiscence de ce que l'enfance comporte de plus tendre. L'Homme entré dans l'âge obscure que l'on qualifie (pour se rassurer)d'"adulte" a toujours, souvent malgré lui, quelque faille de son être où le merveilleux pénètre subrepticement, quelque aspérité de son existence où le sentiment vital de l'enfant qui s'ennuie se vautre jusqu'à l'abandon.

Le plaisir du lecteur, ce n'est rien d'autre que l'Homme et l'enfant réconciliés, et cet armistice n'est rendu possible que par identification et empathie avec les personnages, héros ou antihéros, avec nous même en somme.

Cette relation charnelle avec le corps du texte, cette façon que l'on a de caresser des pages inconnues comme pour en révéler le mystère, cette soif d'absolu qui nous gagne lorsque l'on reprend le fil de la lecture, en dit long sur la nécessaire correspondance d'une solitude à l'autre au delà des siècles, relève bel et bien du plaisir...

Il existe donc un érotisme littéraire très bien sentie par R.Barthes en ceci que le plaisir ne mène à la jouissance qu'à la condition sine qua none d'une mise en danger:

"celui qui met en état de perte, celui qui déconforte (peut-être jusqu'à un certain ennui), fait vaciller les assises historiques, culturelles, psychologiques, du lecteur, la consistance de ses goûts, de ses valeurs, et de ses souvenirs, met en crise son rapport au langage." (Plaisir du texte, 1973.)

On ne peut bien comprendre cette idée que si, par bonheur, le désir nous prend de nous attaquer (et j'emploie ce mot à dessein) à un auteur tel que Dostoievski et nous plonger dans les affres de la pensée russe du milieu du XIXème siècle, alors... alors... loin de l'hiver sibérien auquel on s'attend, loin de cette dimension religieuse qui a concentré l'essentiel des exégèses sur "Crime et Châtiment"
L'écriture passionnée, épileptique nous plonge dans une fièvre cérébrale pour le moins inattendue, une intensité permettant de surpasser ce déferlement de noms russes qui perd le lecteur et l'oblige presque à l'amnésie jusqu'à la perte de lui-même.

De l''étudiant pauvre de "Crime et Châtiment" qui, sous l’influence de théories mal digérées, décide de tuer une horrible vieille usurière, qui n’est utile à personne. Dans ce roman à la structure policière décrivant un crime parfait, Pas de suspense extérieur : une pénétration psychologique de Raskolnikov qui ne cherche pas, comme on l'entend trop souvent dire, le repentir, par ce qu'il n'y a précisément pas d'absolution possible selon F.Doestievski, pas de rachat de l'âme mais une victoire de la conscience devant l'étendu de ses responsabilités... idée qui impressionna Nietzsche à la lecture du roman!

Au prince Mychkine, "L'idiot", en proie dans sa jeunesse à des vertiges étranges après un amour malheureux, dont on se rend compte assez vite qu'il est d'une intelligence supérieure, celui-là est seul face à tous. Il bouleverse les conventions sociales sans le vouloir. Il est le héros tragique de la société moderne dans une perspective hegelienne. Il est la fragilité même. C’est de cette fragilité qu’il tire sa force, ses pouvoirs. Il fascine tous les autres (Aglaia, le Général Rogogine et surtout... la Nastassia filipovna et son insondable mystère). Perdu dans cet déstructuration du temps, dans l'épaisseur existentielle de tous les personnages sans exception, le lecteur ne se retrouve pas à proprement parler dans ce personnage mais s'y abandonne et s'y perd tout à fait.

Ce personnage qui focalise l'attention car on le croit malade est sauvé par son talent d'écriture découvert par le général Epantchine. il connaît les écritures anciennes et son intérêt pour le poème de pouchkine "le chevalier pauvre" mis en relation avec l'évocation du Quichotte n'est pas anodin. Beaucoup a été dit sur ce personnage notamment qu'il est une figure christique, or il n'a pas de message à délivrer, il est plutôt, à l'image de son créateur, un point d'interrogation sur la foi et sur lui-même. Son insatiable besoin de vie qui le soulage du poids de l'existence, qui lui gonfle la poitrine lorsque les rouages de la société hiérarchisée et repliée sur elle-même lui deviennent insoutenables. On remarquera que même au beau milieu de ces crises de "sueur froide" de ces "ténèbres glaciales de l'âme", son visage mortifié esquisse toujours un léger sourire de contentement.
Sa force réside précisément dans son mystère que les autres prennent pour une maladie... dans ce plongeon vertigineux qui le fascine et terrorise ceux qui l'entourent.

L'idiot résume à lui seul toute la puissante écriture de Dostoievski et la profondeur du portrait qu'il fait de l'âme russe dans son oeuvre: une âme chargée de religiosité et de scepticisme (le dialogue entre un croyant et un sceptique apparaît souvent dans ses oeuvres). Ce questionnement glacial et métaphysique n'épargne rien, ni son âme "malade"... ni la nôtre, il nous laisse comme mortifié à notre tour.

On perd pied face à l'immensité du talent, cette violence que le personnage dostoievskien génère contre lui même et qui nous arrive en plein flanc, ce n'est définitivement pas fait pour réconforter mais, bien au contraire, pour nous mettre en guerre, une guerre sensuelle ("Il n'est de pire peine que d'être en paix pour des amants..." disait le grand Jacques), cet univers nous arrache au divan, nous met en arme et nous porte jusqu'à cette fascinante victoire qu'est la jouissance.